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Sonderkommando : dans l’enfer des chambres à gaz

  • Auteur·e·s : Shlomo Venezia
  • Type document : Livre
  • Catégorie : Témoignage
  • Thématique : Shoah
  • Éditeur : Le Livre de poche
  • Année de publication : 2009
  • Nombre de pages : 264

Lecture Osiris

Shlomo Venezia fait partie des rares rescapés des Sonderkommando. Son témoignage est recueilli en 2006 à partir d’une série d’entretiens réalisés avec Béatrice Prasquier aidée de
Marcello Pezzetti, tous deux historiens de la Shoah.
Shlomo Venezia est né à Salonique en 1923 dans une famille Séfarade qui avait transité par l’Italie (et en avait gardé la nationalité) avant de s’établir en Grèce, à la suite de l’expulsion des Juifs d’Espagne.
En mars 1944, réfugié à Athènes, il est enfermé dans une synagogue avec sa famille avant d’être tous déportés à Auschwitz-Birkenau.

Au bout de vingt jours de quarantaine, il est affecté à la tonte des nouveaux arrivants puis au Sonderkommando (« unités spéciales ») de l’un des plus grands crématoires de Birkenau. Choisis pour leur constitution robuste et leur bonne condition physique, les membres des Sonderkommandos sont chargés de l’incinération des déportés tués dans les chambres à gaz. Par une série de hasards, il échappe au sort promis à ces prisonniers, périodiquement et systématiquement assassinés pour maintenir le secret sur la conduite de la « solution finale de la question juive »..
Évacué d’Auschwitz, il survit aux marches de la mort et est libéré par l’armée américaine en 1945, dans un camp autrichien. Rapatrié en Italie où il retrouve son frère et sa sœur aînés, il passe trois ans en sanatorium.

C’est en 1992, quarante-sept ans après sa libération qu’il recommence à parler : « J’ai commencé à parler très tard, parce que les gens ne voulaient pas entendre, ils ne voulaient pas croire ».
« Le problème de l’antisémitisme refaisait surface en Italie. On voyait de plus en plus de croix gammées dessinées sur les murs… Je suis retourné à Auschwitz pour la première fois en décembre 1992. J’avais longtemps hésité avant d’accompagner cette école qui m’avait invité, car je ne me sentais pas prêt à revenir en enfer. »

Simone Veil dans la préface à cette édition insiste sur la force d’un témoignage qui « tient à l’honnêteté irréprochable de son auteur, qui ne raconte que ce qu’il a vu, sans rien omettre : ni le pire, comme la barbarie du responsable du Crématoire, ni les exécutions sommaires ou le fonctionnement ininterrompu des chambres à gaz et des fours crématoires ; il parle aussi de ce qui pourrait paraitre atténuer l’horreur de la situation, comme la relative clémence d’un officier SS hollandais ou les conditions de survie moins atroces que celles des autres déportés dont bénéficiaient les membres du Sonderkommando, serviteurs indispensables à la machine de mort. »

Shlomo Venezia meurt à l’âge de 89 ans à Rome, d’une insuffisance respiratoire, séquelle de la tuberculose contractée en déportation.

(Extraits)

Aujourd’hui, ressentez-vous le besoin de témoigner ?

Quand je me sens bien, oui. Mais c’est difficile. Et je suis une personne précise, qui aime que les choses soient claires et bien faites. Quand je vais témoigner dans une école et que le professeur n’a pas bien préparé ses élèves, cela me blesse profondément. […]
Cela me réconforte de savoir que je ne parle pas dans le vide, car témoigner représente un sacrifice énorme. Ça ranime une souffrance lancinante qui ne me quitte jamais. Tout va bien et, tout d’un coup, je me sens désespéré. Dès que je ressens un peu de joie, quelque chose en moi se bloque immédiatement. C’est. Comme une tare intérieure ; je l’appelle la « maladie des survivants ». […] (p.198)

Qu’est-ce qui a été détruit en vous par cette expérience extrême ?

La vie. Je n’ai plus jamais eu de vie normale. Je n’ai jamais pu prétendre que tout allait bien et aller, comme d’autres danser et m’amuser en toute insouciance…
Tout me ramène au camp. Quoi que je fasse, quoi que je voie, mon esprit revient toujours au même endroit. C’est comme si le « travail » que j’avais dû faire là-bas n’était jamais vraiment sorti de ma tête …
On ne sort jamais vraiment du Crématoire. (p.199)

Les ouvrages et documents peuvent être consultables sur place, notamment lors des formations. Pour toute demande d’informations sur cette référence, merci de nous contacter à ressources@centreosiris.org.