ما کی هستیم ؟Kush jemi ne ?من نحن ؟Who are we ?Кто мы ?مونږ څوګ یو ؟

Qu’elle était belle cette utopie !

Lecture Osiris

Les livres de référence sur le Goulag ne manquent pas, à commencer par le recueil de nouvelles de Varlam Chalamov réunies sous le titre de Récit de la Kolyma*, une somme indispensable de 1760 pages (Verdier 2003) ou, le très emblématique Archipel du Goulag* de Alexandre Soljenitsyne (920 pages en poche chez Points, 2021). Il y a aussi, moins connu, le bouleversant témoignage de Julius Margolin Voyage au pays des Ze-Ka*, publié en 1949 – bien avant les deux autres – sous le titre La Condition inhumaine et réédité dans sa version intégrale en 2010 (Le Bruit du temps ,720 pages).

Le livre de Jacques Rossi est plus court (208 pages) et permet aux lecteurs résistant à s’engager dans une lecture longue, à se saisir d’un témoignage sur le Goulag, « un travail rigoureux et colossal » selon Sophie Benech qui a collaboré à l’ouvrage.

Jacques Rossi est né en 1909 à Breslau (Silésie alors Allemande aujourd’hui en Pologne), sa famille s’installe à Varsovie au début des années 20. En 1927 il adhère au Parti Communiste. Durant les années 1930-1936 il est recruté par le Komintern qui le « prêtera » aux services secrets de l’Armée Rouge. Il voyage alors à travers l’Europe accomplissant différentes missions (Berlin, Paris, Cambridge, Narimanov et Valladolid).
Le 14 novembre 1937 il est convoqué à Moscou ; il est arrêté et accusé d’espionnage au service de la France et de la Pologne. Il est incarcéré dans les prisons de Loubianka et Boutyrka (Moscou).
De 1939 jusqu’en 1947 il est interné à Norilsk (Cercle polaire arctique). Sa peine de 8 ans expire, il bénéficie d’une libération conditionnelle sans pouvoir quitter Norilsk où il travaille deux ans (!) comme ingénieur traducteur, géotechnicien et photographe.
En 1947 nouvelle condamnation à vingt-cinq ans. Incarcéré à Norilsk, il est transféré à la prison de Krasnoïarsk. Après un bref séjour à la prison d’Irkoutsk, il est à nouveau transféré à la centrale d’Alexandrovsk (Région de Perm). En 1955, transfert vers Moscou dans différentes prisons de transit.
De 1959 à 1961, il est assigné à résidence à Samarkand jusqu’en février 1961 où il est rapatrié en Pologne communiste. De 1964 à 1977, il est chargé de cours en langue et littérature française à l’université de Varsovie.
A la retraite, il quitte la Pologne pour de courts séjours en France puis au Japon et aux États Unis notamment à l’université de Georgetown où il termine le Manuel du goulag.
En 1985 il s’installe définitivement en France. Il est naturalisé français en 1990. Il décède en 2004 à Paris à l’âge de 95 ans. Il aura passé 17 années de Goulag et 7 ans de relégation.

Dans une série de courts chapitres d’une à quatre pages – une centaine au total – Jacques Rossi décrit les conditions de survie des prisonniers des camps staliniens. Il s’attache à leur quotidien en construisant ses récits tantôt à partir des objets surévalués dans ce contexte de faim, du manque de tout : « Le mégot », « L’ampoule », « Le poisson pourri » par exemple. Il s’attache aussi à des destins individuels qui mettent en valeur des types, des genres, ils essaient de s’adapter, ou pas ainsi du politique « Iéjov », du militant « un type bien », du jeune juif « Szmul Szwarc », du militaire « Le bonheur partagé », du paysan « Nikifor Prozorov » et d’autres figures encore, l’intellectuel, le truand etc.
Jacques Rossi met en scène l’absurdité d’un système pervers et abusif qui ne cesse de reproduire du négatif autrement dit de la barbarie :
“Je m’adresse à l’homme qui marche à côté de moi.
Que peuvent bien contenir ces sacs ?
Mon ignorance semble le surprendre et même éveiller ses soupçons. Ce qui m’étonne à mon tour. J’apprendrai plus tard que, de même qu’il existe des « non-personnes » dans le monde d’Orwell, il y a dans l’empire du socialisme des « non-faits », des « non-évènements », des non-phénomènes ». Autrement dit, des choses que tout le monde sait, mais que l’on doit feindre d’ignorer. Toute question à ce propos est perçue comme un piège“ (p 72).
Jacques Rossi est un acteur-témoin lucide, ses textes sonnent justes, son humour noir permet de décrire l’horreur et l’arbitraire d’une machine à anéantir ; dans son introduction Jean-Louis Panné souligne : “Chez lui, la distance mise à raconter son expérience trouve son origine dans l’absence de toute forfanterie ? Jacques n’a pas oublié qu’il a d’abord cautionné les camps, qu’il était prêt à exercer la terreur et, par-là, qu’il a contribué à la folie du système.

Les ouvrages et documents peuvent être consultables sur place, notamment lors des formations. Pour toute demande d’informations sur cette référence, merci de nous contacter à ressources@centreosiris.org.