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Par-delà le crime et le châtiment, essai pour surmonter l’insurmontable

  • Auteur·e·s : Jean Améry
  • Type document : Livre
  • Catégorie : Philosophie
  • Thématique : Shoah
  • Éditeur : Babel
  • Année de publication : 2005
  • Nombre de pages : 224

Lecture Osiris

4ème de couverture
Comment « penser » Auschwitz quand on en réchappa ? Que faire du ressentiment ? L’esprit peut-il sortir indemne de la confrontation avec l’univers concentrationnaire ? La foi est-elle indispensable à l’âme révoltée ?
En 1943, Jean AMÉRY fut torturé par la Gestapo pour son activité dans la Résistance belge, puis déporté à Auschwitz parce que juif. Au long des pages de cet Essai pour surmonter l’insurmontable, l’écrivain autrichien explore avec lucidité ce que l’univers concentrationnaire lui a enseigné sur la condition de tout homme meurtri par une réalité monstrueuse. Ce livre « sur les frontières de l’esprit » est la manifestation éclatante d’un esprit sans frontières, d’un humaniste rayonnant.
Né en 1912 à Vienne, Hanns Maier – qui prit en 1955 le nom de Jean AMÉRY – étudia la littérature et la philosophie. En 1938, il émigra en Belgique. Après la guerre et sa déportation, il retourna à Bruxelles et se consacra à une œuvre critique et littéraire d’une véhémence et d’une élégance remarquables, couronnée par de nombreux prix. Il s’est donné la mort en 1978 à Salzbourg.

Notes de lecture du chapitre : Ressentiments
Un auteur comme Nietzsche considère le ressentiment comme une souillure morale, d’autres comme une maladie.
Les suites données aux actes nazis ont-elles permis aux victimes de trouver l’apaisement ?
Les victimes, sorties des camps, furent traitées comme des héros, les bourreaux furent jugés. Le châtiment appliqué à l’Allemagne aurait dû suffire. Or, celle-ci, avec le poids de sa faute relevait la tête, les Allemands voulaient venir à bout du passé du IIIème Reich.
Les Allemands se déclaraient sans plus de haine à l’égard de leurs victimes, d’autres se déclaraient prêt à la réconciliation. Le poids des traumatismes restait cependant bien lourd car dans les cachots et les camps, l’impuissance et la vulnérabilité des victimes leur donnait plus envie de se mépriser que de pleurer sur leur sort.
Le ressentiment ne s’est pas amenuisé même s’il cloue chacun à la croix de son passé anéanti. Il bloque l’accès à la dimension humaine par excellence : l’avenir. Le retour en arrière dans un temps écoulé et l’annulation de ce qui a eu lieu sont impossibles.
La sécurité de la société serait totalement garantie si les victimes assumaient la souffrance subie et les bourreaux celle infligée. Mais la « vérité morale » ne peut pas faire accepter que les actes commis doivent être considérés comme une succession d’actes décrits scientifiquement et analysables au plan social et biologique : des actes « naturels » en somme. L’expérience vécue ne peut pas être traitée au plan statistique : « En dernier ressort, l’expérience de la persécution était celle d’une extrême solitude… ce qui m’importe est d’être délivré de cet état d’abandon qui persiste toujours.»

La faute collective (des allemands) existe-t-elle ?
Les victimes se trouvaient face à beaucoup et même à tous car les « braves hommes » se sont noyés dans la masse qui, elle se conformait à ce que l’état nazi lui demandait : « Qu’elle le veuille ou non, la victime était bien obligée de se rendre compte qu’Hitler était réellement le peuple allemand. »
La faute concerne-t-elle encore les jeunes allemands ? Même si certains n’étaient pas nés durant la période 3345 comment se sentir marqué par la culture allemande et donner à Goethe, par exemple, une place considérable et ne pas juger que le nazisme fait partie intégrante de l’histoire de l’Allemagne, du peuple allemand ?
« Eh bien, un certain règlement pourrait s’opérer si dans un camp le ressentiment subsistait et suscitait dans l’autre l’apparition de l’auto-méfiance. »

Notes de lecture du chapitre : De la nécessité et de l’impossibilité d’être juif.
L’auteur ne se définit pas comme juif, il pourrait en faire le choix, or son expérience l’a catégoriquement qualifié comme juif : par les lois de Nuremberg, de 1935, dont le but était bien de le livrer à la mort. « Mais le juif que j’étais devenu parce que la loi et la société en avaient décidé ainsi s’était d’un coup rapproché de la mort, déjà, en plein milieu de la vie, et ses jours n’étaient plus qu’un délai de disgrâce révocable à chaque seconde. » Et la suite du texte fait nettement entendre le rapport entre les prises de position favorable à l’idéologie nazie et la menace de mort qui pesait sur les juifs – il donne une saisissante anecdote sur l’organisation d’une soupe populaire par les nazis en faveur des nécessiteux sauf pour les juifs qui « sollen krepieren » ( devaient crever !) et dont l’écho se faisait entendre il y a peu à l’égard des musulmans dans l’ignoble soupe au cochon organisée par le Front National.
A cette dégradation, AMÉRY oppose l’attitude de la révolte en assumant la condition de juif qui lui est faite, en s’engageant dans la résistance et aussi en répondant par des coups à ceux infligés par tel chef d’équipe dans le camp d’ Auschwitz : « J’étais Moi sous forme de coups, pour moi et pour l’adversaire. » Et la nécessité de recouvrer la dignité s’est poursuivie au-delà de 1945.
La révolte mais aussi « la solidarité face à la menace qui rattache aux contemporains juifs, croyants ou incroyants, en faveur d’une nation ou en faveur de l’assimilation. » et il ajoute : « Sans le sentiment d’appartenance à la communauté des menacés, je ne serais plus qu’un homme qui laisse tomber les bras et fuit la réalité. » Il reste la conscience qu’un cataclysme est passé mais qu’un nouveau pourrait se produire. AMÉRY insiste pour finir sur l’inquiétude sociale car les injustices peuvent encore s’abattre sur tout homme.

Les ouvrages et documents peuvent être consultables sur place, notamment lors des formations. Pour toute demande d’informations sur cette référence, merci de nous contacter à ressources@centreosiris.org.