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Les deux rives – Las dos orillas

Lecture Osiris

Carlos Fuentes nous présente un aspect de la confrontation entre la civilisation espagnole et les « Indiens », confrontation qui ne se résume pas à l’hégémonie de l’une sur l’autre selon la fiction qu’il nous propose en fin du roman.
Un aspect singulier de ce récit se trouve dans la mise au premier plan de la langue, la « lengua » qui est traduit ici par « interprète », et c’est pourquoi il peut prendre sa place dans la bibliothèque d’Osiris, car il permet de considérer les effets complexes de l’intervention de ceux qui possèdent plusieurs langues, les interprètes, les traducteurs. Jerónimo de Aguilar vient de mourir de la vérole. Il a beaucoup souffert en mourant. Il a vécu parmi les indiens, au Mexique, et fut l’interprète des espagnols lors de la conquête. Jerónimo, mort, raconte les impressions qu’il a reçues de cette période historique, il témoigne, et s’adresse à nous.
Dans quel but ont agi les conquistadors, parmi eux Cortés : « Y a-t-il une justice dans tout cela ? me demandai-je aujourd’hui. Avons-nous simplement donné un meilleur destin à l’or des Aztèques, le distribuer, lui permettre de remplir une fonction économique au lieu d’une fonction ornementale ou sacrée, le mettre en circulation, le prendre pour le répandre ? ». p.43
Il y a les guerres de conquête, il y a aussi, dans le récit de Fuentes un autre affrontement, c’est celui des interprètes, passeurs des langues qu’eux seuls maîtrisent. Jerónimo était interprète, il traduisait les propos que Cortès adressait à ses adversaires, ainsi le discours de Cortès à l’ennemi qui a combattu vaillamment face à ses troupes, Guatemuz, le dernier empereur des Aztèques : Cortés lui laisse la vie sauve et lui confie le gouvernement de Mexico, l’ancienne Tenochtitlan, mais Jerónimo transforme le contenu du discours qui devient une série de menaces pour réclamer de Guatemuz qu’il communique le lieu où se trouve le trésor de Moctezuma son oncle. « Je traduisis, je trahis, j’inventai. » Guatemuz sera exécuté. Et Jerónimo de commenter : « Mais comme les choses se sont effectivement passées de cette façon…n’ai-je eu raison de traduire les propos du capitaine par leur contraire et de dire ainsi la vérité à l’Aztèque…Ne fus-je, moi, que l’intermédiaire (le traducteur) et l’agent d’une fatalité qui changea la tromperie en vérité ? » (p.49). Parce que c’était bien l’or et la richesse des Aztèques qui, au final, intéressait les conquistadors.
Les interprètes au moment traduire tentent de renseigner les interlocuteurs sur ce qui sous-tend les propos et même de leur révéler des informations dont l’ennemi pourrait tirer avantage. Trop convaincu de sa puissance. Moctezuma ne fait rien de que lui apprend Jerónimo ( un régiment se constitue pour abattre Cortès) et ainsi se prive d’une alliance avec un régiment espagnol dissident de la couronne espagnole, pour vaincre les envahisseurs. « … je dois dire que chez Moctezuma la vanité fut toujours plus forte que l’astuce » dit Jerónimo mais aussi « Peut-être que mon vocabulaire mexicain était-il insuffisant, ma façon de parler ignorante des subtilités du raisonnement philosophique et moral des Aztèques ». p.79
Jerónimo a pris parti pour le peuple mexicain, mais une autre interprète vient s’imposer : Marina, la Malinche, interprète pour Cortès, également sa maîtresse, et celle-ci se donne au Nouveau Monde pour un avenir encore incertain, elle refuse son passé de soumission. Il s’en suit une compétition entre les deux interprètes et Marina vient surpasser Jerónimo car elle parviendra à maîtriser la langue castillane. Elle n’a désormais plus besoin de passer par lui pour traduire le mexicain en maya langue que Jerónimo a apprise pendant son séjour chez les indiens et que, pendant un temps, il est seul capable de traduire en castillan.
La cité de Cholula a une fonction éminemment religieuse pour les mexicains, les dieux y sont vénérés avec les rites qui en découlent notamment le sacrifice humain. Cortès veut obtenir le renoncement à leur religion, ce qu’ils refusent. Les deux interprètes rivalisent pour influencer Cortès, Marina affirme qu’un danger menace les conquistadors, Jerónimo dit qu’aucune menace n’est à craindre car les prêtres de Cholula les considèrent comme des dieux. Mais Jerónimo commettra une erreur en révélant que contrairement aux dieux aztèques qui exigent des sacrifices humains, le dieu chrétien a sacrifié son fils pour tous les hommes, l’interprète ne sut pas tenir compte des différences culturelles. « Il ne resta pas dans Cholula une seule idole debout ni un seul autel indemne ». p.111
Fuentes ajoute une fiction à ce parcours partiel de la conquête espagnole, son texte va nous faire vivre l’entreprise de conquête de l’Espagne par les indiens du Mexique emmenés par Gonzalo Guerrero, espagnol ayant réussi le métissage avec les indiens, qui encouragé depuis la tombe par son ami parvient à faire s’écrouler les temples, les enseignes, les tours, les trophées, de Cadix à Séville.

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