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Contre la torture

Lecture Osiris

Pierre-Henri SIMON, Homme de lettres (Saint-Fort-sur-Gironde 1903 – Ville-d’Avray 1972)
Professeur de lettres à l’université catholique de Lille, puis à l’école des hautes études de Gand, enfin à la faculté des lettres de Fribourg, il est également critique littéraire au Monde de 1963 à sa mort. Après qu’il a fondé la section étudiante des Jeunesses patriotes de Pierre Taittinger et assuré la rédaction de leur revue (1926), il s’en sépare. Son œuvre multiforme, qui le porte à l’Académie française en 1968, devient alors celle d’un écrivain catholique engagé. Il l’inaugure par un pamphlet paru dans la revue Esprit en 1936 sur « Les Catholiques, la politique et l’argent. Sa première phrase suffit à lui valoir de solides inimitiés : « Cela commence par un agaçant bruit de sous… » Une cabale cherche à le faire destituer, le cardinal Liénart calme le jeu et lui sauve son poste. Prisonnier durant la guerre, il écrit de nombreux poèmes publiés dans la clandestinité sous le titre de Recours au poème (Cahiers du Rhône, 1943. Il crée également une revue interne aux Oflags qui, de Nuremberg, le mène droit au camp de représailles de Lübeck. L’après-guerre voit s’épanouir véritablement son rôle d’intellectuel inféodé à aucun parti. Il publie de nombreux essais de critique littéraire (Duhamel, Mauriac, Camus…), une très complète Histoire de la littérature française au XXe siècle (Armand Colin, Paris, 1956) et surtout un pamphlet violent Contre la torture (Seuil, Paris, 1957) qui, une fois encore, lui vaut un scandale public. La polémique fait rage, notamment avec le préfet Michel Massenet, gendre du bâtonnier de Saintes, Fernand Brejon de Lavergnée, et auteur d’une réponse à travers un petit livre, Contre-poison ou la morale en Algérie (Grasset, 1957), texte qui minimise la réalité de la torture en défendant la thèse d’actes isolés « exceptionnels et contraires aux directives du haut commandement. Mais les accusations de Pierre-Henri Simon portant sur des pratiques détestables, courantes et couvertes par les plus hautes autorités de l’armée en Algérie se révèlent sans failles et se voient confirmées par de nombreux témoignages dont se fait écho la presse parisienne (en particulier L’Express. Cette fois, c’est le Charentais François Mitterrand, alors garde des Sceaux, qui bloque une procédure judiciaire à son encontre. Malgré tout, sa vie durant, Pierre-Henri Simon restera victime d’une hostilité souvent violente en provenance de nostalgiques d’une image intacte de l’armée (bousculades, crachats, on ira même jusqu’à profaner sa tombe…).
Dans ce pamphlet, Pierre-Henri Simon prend partie jà la fois pour la guerre d’Algérie qu’il reconnaît comme une guerre coloniale qui permettrait le développement civilisateur de la France, mais il s’insurge et dénonce les actes inhumains perpétrés comme la torture sous toutes ses formes.
Il analyse les points de vue qui justifient les moyens barbares pour faire face à un ennemi multiforme combattant l’armée française mais outre l’effondrement et le dévoiement des valeurs chrétiennes, des droits de l’homme et de l’honneur militaire, il veut démontrer que les actes de torture produisent à moyen et à long terme la détermination inébranlable des combattants ennemis et dresse l’ensemble de la population algérienne contre la France. Il considère que la transgression des valeurs fait peser l’opprobre sur la France. La responsabilité sera d’autant plus lourde que ceux qui savent, laissent faire et même encouragent, ont des charges politiques importantes.

Les ouvrages et documents peuvent être consultables sur place, notamment lors des formations. Pour toute demande d’informations sur cette référence, merci de nous contacter à ressources@centreosiris.org.