ما کی هستیم ؟Kush jemi ne ?من نحن ؟Who are we ?Кто мы ?مونږ څوګ یو ؟

Compagnie K

  • Auteur·e·s : William March
  • Type document : Livre
  • Catégorie : Roman, récit
  • Thématique : Guerres-Conflits
  • Éditeur : Éditions Gallmeister
  • Année de publication : 2013
  • Nombre de pages : 230

Lecture Osiris

Les boches, les Poilus, les bobards, La Madelon, les rats dans les tranchées, les Gueules Cassées, « Les Sentiers de la gloire » de Stanley Kubrick, les bombes et la Grosse Bertha, manger du « singe », Clémenceau, « Les Croix de bois » de Roland Dorgelès, les Taxis de la Marne, les monuments aux morts, etc.
En évoquant la Première guerre mondiale nous viennent des associations qui nous permettent d’en construire une représentation composite avec le plus souvent une imagerie qui s’affranchit de la réalité pour une place calibrée dans nos têtes et dans les manuels scolaires.

Ni les anecdotes sous couvert de témoignages directs ou indirects, ni les commémorations – par exemple – ne restituent l’effet de désastre psychique de cette guerre sur ses soldats. L’horreur, la violence certainement mais aussi l’absurdité de ce conflit, sa durée aussi conduisent à l’effritement des repères de ces hommes et de ces femmes qui tentent de suivre, à défaut de pouvoir les anticiper, les entrelacs émotionnels d’une conscience constamment attaquée, en butte aux pires aberrations.

Justement en 113 courts chapitres, les cent treize soldats américains de la compagnie K de l’US Marines Corps découvrent la guerre et nous la raconte. Ils décrivent les combats, puis le retour au pays pour ceux qui ont pu rentrer blessés et traumatisés.

Les éditeurs rapprochent Compagnie K du livre d’Erich Maria Remarque, À l’Ouest rien de nouveau, pour notre part on se rappellera le remarquable film de Dalton Trumbo, Johnny got his gun, (1971) tiré de son roman (1939) : de retour de guerre gravement blessé, un soldat, allongé sur son lit d’hôpital se remémore son passé et essaie de deviner le monde qui l’entoure à l’aide de la seule possibilité qui lui reste : la sensibilité de sa peau.
Car quoiqu’il arrive l’univers psychique du soldat se rétrécit et ne demande qu’à s’expanser de retour dans un monde pacifié, non saturé, teinté d’humanité. Soi-disant.

William March (1893-1954) est né en Alabama. En 1917, il s’engage dans l’US Marine Corps et combat en France pendant la Première guerre mondiale d’où il reviendra décoré de la Croix de guerre, de la Navy Cross et de la Distinguished Service Cross. Hanté par ce conflit, il mettra dix ans à écrire Compagnie K, son premier roman publié en 1933.

Extrait (page 85) :
Soldat Plez Yancey Pollard
Un matin, les Allemands nous ont laissé un mot où ils s’excusaient de devoir nous informer qu’on allait être bombardés ce soir-là, à 10 heures, et que le tir de barrage allait durer vingt minutes. Et ça n’a pas raté, l’artillerie a ouvert le feu, mais tout le monde s’était replié d’un kilomètre vers l’arrière et était allé se coucher, et il n’y eu pas de mal.

Extrait (p. 135) :
Soldat Oswald Pollard
Je vais vous raconter un truc drôle : en septembre, un gars de la 4e section du nom de Fallon a perdu le ciboulot. En plein tir de barrage, il est monté sur le parapet et il y a plus eu moyen de le faire redescendre. On a essayé de lui parler, de le forcer à revenir, mais il n’en démordait pas.
– Je veux me faire tirer dessus, il répétait. Je sais très bien ce que je fais. Je veux me faire tirer dessus – je me suicide vous comprenez !
Alors Pig Iron Riggin a sorti son pistolet et l’a braqué sur la tête de ce gars, Fallon.
– Si tu n’arrêtes de te suicider tout de suite, je te tue aussi certain que deux et deux font quatre ! il a crié.
Aussitôt, Fallon est devenu blême et il s’est mis à pleurnicher. Il a sauté dans la tranchée, il s’est jeté à genoux.
– Non ! il a dit. Me tuez pas, je vous en supplie…

Extrait (page 213-214) :
Soldat Théodore Irvine
Il est impossible que j’aille mieux, mais j’ai l’intention de vivre aussi longtemps que je pourrai. Rien que rester allongé ici, respirer, être conscient de la vie autour de moi, ça me suffit. Rien que bouger les mains et puis les regarder en pensant : Vous voyez, je suis vivant, je bouge les mains, ça me suffit. J’ai l’intention de vivre aussi longtemps que je pourrai et de me battre jusqu’à mon dernier souffle … Les souffrances suprêmes de l’enfer valent mieux que la liberté du néant !

Les ouvrages et documents peuvent être consultables sur place, notamment lors des formations. Pour toute demande d’informations sur cette référence, merci de nous contacter à ressources@centreosiris.org.