Coordination sociale

Véronique JUILLAN

Les personnes accueillies à Osiris ont en commun un parcours marqué par des violences intentionnelles, des pertes multiples et l’expérience de l’exil.
A leur arrivée en France, elles partagent une même attente de protection et demande de refuge.

Les conditions de vie en France, la très grande précarité tant sociale que juridique qui les caractérise, ainsi que les discriminations et les exclusions - notamment en terme d’accès aux droits - vont souvent mettre à mal et empêcher cet accès à une première protection.

Au fil des mois, si l’octroi d’une protection internationale vient parfois matérialiser la reconnaissance des violences subies, les décisions majoritairement de refus de cette protection viennent a contrario dénier la réalité de ces violences et déstabiliser les précaires équilibres sociaux (perte d’hébergement, de ressources, de statut…) et psychiques reconstruits.

Cette précarité et ce dénuement en terme de droit font écho et s’entremêlent à la détresse et au dénuement psychique des personnes que nous accueillons.

La prise en compte de cette réalité sociale et son accompagnement s’inscrivent dans une approche globale du soin. Ils s’articulent avec le travail thérapeutique engagé.

SPECIFICITES DES SITUATIONS ACCOMPAGNEES

Dans le contexte de réforme de la demande d’asile et de changement des acteurs de ce champ, nous constatons une diminution, voire une absence d’accompagnement social d’une part importante des patients accueillis à Osiris avec pour conséquence directe des difficultés majeures d’accès aux droits. Ce constat est particulièrement marqué pour les personnes n’accédant pas à un CADA , ainsi que pour celles n’ayant pas obtenu de protection.

Les personnes accompagnées sont dans des situations juridiques très diverses, mais relèvent toutes de ce constat :

Demandeurs d’asile : n’ayant pu accéder à un CADA (pour beaucoup en accueil de nuit, en squat, à la rue, à l’hôtel…) et n’ayant aucun accompagnement social. Dans l’incertitude d’un statut administratif et d’une reconnaissance de ce qu’ils ont vécu, ils sont confrontés à d’importantes difficultés d’accès aux droits, ainsi que d’information et de compréhension de leur situation administrative et juridique.

Mineurs Non Accompagnés : dont la minorité est contestée ou se heurtant à des difficultés de prolongation de leur prise en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance à leur majorité.

Personnes « dublinées » : pour qui un pays tiers a été désigné pour l’instruction de leur demande d’asile, mais vers lequel un retour n’est pas possible (en raison des défaillances en matière d’asile de ce pays, des violences qui ont pu y être subies, de le présence de membres de la famille en France, ou encore des soins qui y sont engagés…). Assignées à résidence, considérées comme en « fuite », susceptibles d’être placées en rétention, ces personnes considérées pendant de long mois comme hors la loi, voient leur demande de protection occultée, et sont le plus souvent dans des situations d’extrême fragilités et de difficultés majeures d’accès aux besoins primaires.

Personnes déboutées : dont le besoin de protection n’a pas été reconnue, et pour certains dont l’état de santé relèverait d’un titre de séjour pour raison médicale, mais dont l’accès et l’accompagnement à cette procédure sont entravés.

Personnes bénéficiant d’une protection internationale : qui n’ont pu bénéficier d’une prise en charge en CADA pendant leur demande d’asile et qui, une fois réfugiées, ne parviennent pas à faire valoir leurs droits (en matière d’hébergement, de santé, de ressources…).

La question du droit et de son exclusion sont au cœur de l’ensemble de ces situations.