Rapport d’activités

Rapport moral

Introduction

Les années 2014 et 2015 ont été particulièrement difficiles pour l’équipe d’Osiris avec leur lot d’incertitudes quand à l’avenir de l’association. Le soutien constant de l’Agence Régionale de Santé PACA nous a permis de survivre et de garder l’espoir de voir enfin le bout du tunnel en cette fin d’année 2016.
Malgré les difficultés, le centre de soin a poursuivi ses activités et a connu en 2016 une augmentation du nombre de consultations.
Les récits des patients accueillis sont de plus en plus marqués par un parcours d’exil jonché d’obstacles et de violences en plus des drames vécus dans le pays de départ. Aux importants dégâts physiques et mentaux du voyage, viennent se surajouter une nette dégradation de l’accueil en France. En effet, l’année 2016 a été marquée sur le plan national par la réforme de l’asile qui a eu un impact sur le public accueilli avec une baisse de la qualité des accompagnements dans les structures en charge de l’accueil des demandeurs d’asile et un accès aux droits de plus en plus restreint.

L’équipe

En 2016, l’équipe est composée d’une psychologue sociale (coordinatrice/accueillante), un directeur/psychothérapeute, deux psychologues cliniciennes et enfin d’une quinzaine d’interprètes.
Je vous rappelle que nous n’avons pas de kinésithérapeute depuis 2013, ni de psychiatre depuis presque trois ans maintenant.
Le mois de septembre 2016 a été marqué par la naissance d’Allan et le départ provisoire en congé maternité de Mélanie (toutes nos félicitations). Yaïr Licht assure le remplacement de Mélanie jusqu’au mois de juin prochain.

Depuis la fin de l’année, un nouveau poste de coordination sociale a été créé et nous sommes ravis aujourd’hui de vous présenter Véronique Juillan qui occupe ce poste. En effet, dans un contexte de réforme de la demande d’asile et de changement des acteurs de ce champ (on peut citer la fermeture de la Plateforme Asile fin 2015), l’équipe a constaté une dégradation de l’accompagnement social des patients suivis au centre. L’accès aux droits est particulièrement entravé pour les personnes n’accédant pas à un Centre d’accueil pour demandeurs d’asile ainsi que pour celles n’ayant pas obtenu de protection.
La coordinatrice sociale fait partie bien sûr de l’équipe de soin et entretient des liens fonctionnels avec l’ensemble de l’équipe. Elle assure l’accueil et le suivi socio-juridique des patients, réalise une veille sociale et juridique sur la législation en droit des étrangers et sur les dispositifs d’accueil et enfin elle participe à la conception et l’animation de modules de formation.

Depuis l’emménagement dans ces locaux à l’automne 2014, le centre de soin accueille régulièrement des stagiaires : durant l’année scolaire 2015-2016, Julie Arçuby a réalisé un stage dans le cadre d’un Master 1 de psychologie clinique.
J’en profite pour remercier Abdul Wahab Amarkhil, interprète en langue dari, pachtou, ourdou, anglais et hindi, qui a quitté l’équipe d’Osiris fin février 2016 pour de nouveaux horizons. Deux nouveaux interprètes ont rejoint l’équipe : Elisabeth Teferedegn, interprète en langue amharique et Qadir Amarkhil, interprète en langue pachtou et dari.

L’activité de soin

Toute prise en charge d’un nouveau patient est précédée d’un accueil personnalisé, moment privilégié qui va permettre une première rencontre dans un environnement rassurant et de confiance ; le patient a ainsi la possibilité de communiquer en présence d’un interprète s’il le faut. Ce premier entretien permet entre autre à l’équipe de réfléchir autour du type de prise en charge nécessaire par la suite.
La file active en 2016 est de 135 patients dont 82 sont de nouveaux patients. Les personnes accueillies restent très jeunes avec près de 40% des patients ayant moins de 20 ans. Les hommes sont les plus nombreux puisqu’ils constituent 66% des personnes reçues : c’est probablement dû au fait que ce sont souvent eux qui prennent le chemin de l’exil (les MIE accueillis ne sont d’ailleurs que des garçons).
31 nationalités sont représentées en 2016 avec 6 qui arrivent en tête : les albanais du Kosovo et d’Albanie, les russes et les afghans, et enfin les nigérians et les syriens.
L’équipe a réalisé 1006 consultations psychothérapeutiques sur l’année dont des suivis individuels, en couple, en famille ou mère/enfant ; ce nombre est en nette augmentation en raison d’un rééquilibrage du poste du psychothérapeute/directeur en faveur de l’activité clinique. Le nombre de séances de groupe a lui été de 46.

Trois types de groupe thérapeutique ont été organisés par l’équipe :
-  un groupe adultes pour des patients anglophones, en présence de deux interprètes, deux psychologues et une stagiaire psychologue avec pour outil le psychodrame ;
-  un groupe thérapeutique adolescents, destiné à des mineurs isolés ; il a été mis en place en 2015 car l’équipe avait fait le constat que la prise en charge individuelle des mineurs orientés par les partenaires ne permettait pas l’élaboration d’un travail satisfaisant. Ce groupe accompagne de jeunes pakistanais et afghans, il est semi-ouvert et hebdomadaire et un jeune peut l’intégrer suite à un entretien d’accueil
-  et enfin, un groupe de parole dont l’objectif est de proposer un espace pour parler de ses difficultés et d’obtenir des réponses concrètes en matière d’accès aux droits ; il est animé par une psychologue sociale, une travailleuse sociale bénévole et adhérente et un interprète. Ce groupe a été mis en place face à la dégradation de l’accueil des exilés en France avec la réforme du droit d’asile.

Pôle d’interprétariat spécialisé dans le soin

Cette année, 84% des consultations ont eu lieu en présence d’un interprète, avec 18 langues représentées (albanaise, amharique, anglaise, arabe, arménienne, dari, diakhanké, kurmandji, malinké, mongole, ourdou, perse, pachto, russe, serbo-croate, soussou, tamoul et turc).
L’interprète est partie prenante du processus thérapeutique. Des temps de post séance entre interprètes et thérapeutes permettent de reprendre les différents temps de la consultation et d’adapter la prise en charge des patients.
Le pôle d’interprétariat coordonné par Gaëlle Bouquin-Sagot a mis en place un programme d’accompagnement des interprètes sous forme de temps de rencontres :
-  une réunion mensuelle basée sur une présentation de textes ou rencontre avec des thérapeutes autour de thématiques telles que les questions géopolitiques spécifiques aux patients, le projet associatif d’Osiris, les pratiques de l’interprète dans l’accompagnement médico-social ou psychothérapeutique...
-  des rencontres sous forme de tutorat pour accueillir les nouveaux interprètes de l’équipe
-  et enfin une supervision avec l’ensemble de l’équipe de soin.

Les interprètes participent de plus en plus à des intervention extérieures qui leur permettent de témoigner de leur expérience d’interprètes spécialisés dans le soin : la journée mondiale des réfugiés au mois de juin, les formations sur l’interprétariat dans le soin...

Le partenariat

L’orientation des patients au centre de soin se fait par l’intermédiaire d’un référent d’une structure d’accompagnement social, juridique, sanitaire ou d’hébergement.
Jusqu’en 2015, plus de 50% des patients étaient orientés par les Centre d’Accueil pour demandeurs d’asile (CADA) ; en 2016, ce chiffre passe à 34% avec une nette augmentation des orientations réalisées par les Maisons d’Enfance à Caractère Social (MECS) ainsi que les services de santé (on peut citer la PASS de la Timone et celle d’Edouard Toulouse).
Dans le respect du secret professionnel, des échanges réguliers avec les référents des structures d’accompagnement sont organisés. Des rencontres autour de thématiques spécifiques ont également été réalisées avec les structures partenaires et le réseau de Marseille et de la région.

Le délai d’attente

Le délai d’attente avant le début d’une prise en charge pour un patient donné reste très élevé : en moyenne 15 mois. L’absence d’autres centres spécialisés dans la région sud-est et la méconnaissance des problématiques liés à l’exil et aux violences intentionnelles des structures de droit commun en sont toujours les principales raisons. Pour information, 73 demandes sont restées en attente au 31/12/2016 faute de place ; rappelons que les demandes pour les mineurs étrangers isolés ne sont pas soumises au délai d’attente ni certaines situations spécifiques comme des personnes sans hébergement ni accompagnement social, une femme enceinte en grande difficulté, une personne dont l’état de santé nécessite une prise en charge rapide et qui n’a pas accès aux soins dans le droit commun.

Formations

Pour mémoire, Osiris a obtenu en 2014 un numéro d’organisme formateur et mis en place ses premiers modules autour des thématiques de l’exil, du soin, du traumatisme, du travail avec un interprète professionnel, de l’accompagnement des mineurs isolés étrangers. Un catalogue de formation est dorénavant disponible et ce sont des membres de l’équipe du centre de soin qui animent les modules.
Le centre de soin assure également les supervisions auprès de 4 équipes.

Les centres de soins spécialisés

L’association Osiris fait partie d’un réseau francophone de soin et d’accompagnement pour les exilés victimes de torture et de violence politique (Réséda) fondé en mars 2008.
Deux nouvelles associations francophones œuvrant dans le soin des victimes de torture veulent rejoindre ce réseau : le centre Vivre/ CAPREC à Dakar (Sénégal) et le centre Restart à Beyrouth (Liban).
Ce réseau se réunit quatre fois par an mais Osiris n’y a participé qu’une fois en 2016.
Notons également que nous faisons partie d’un réseau européen créé en 2003 regroupant une centaine de centres de réhabilitation des victimes de torture. Il se réunit une fois tous les deux ans.

Témoignage/Communication

Cette année encore l’ensemble de l’équipe a participé à des actions de témoignage/communication sous diverses formes : publications, émissions, rencontres, conférences...
Vous trouverez tout cela en détail dans le rapport d’activité et cela vous a été envoyé dans les mémos tout au long de l’année.

La vie associative

Nous sommes ravis de compter parmi nous 5 nouveaux adhérents en 2016 : je salue ici Mélissa Firtier, Camille Jouanneau, Virginie Owinyo, Pascale Giravalli et Michèle Carrard.
Une des grandes nouveautés pour 2016 concerne l’implication de membres adhérents dans certaines activités et dans la construction de projets pour 2017.

En effet, afin de faire face avec les patients à la dégradation de l’accueil secondaire à la réforme de l’asile, l’équipe soignante a fait appel à l’intervention de bénévoles compétents en matière d’asile et de droit qui sont très investis dans l’association.
Camille Jouanneau est la travailleuse sociale dont je parlais toute à l’heure en évoquant le groupe de paroles ; Virginie Owinyo apporte son aide à Christine dans la gestion de la liste des demandes pour de nouveaux patients et enfin Véronique Juillan a commencé durant le second semestre 2016 à prendre en charge des patients avec des situations sociales critiques d’abord bénévolement puis en tant que salariée.

L’année 2016 est aussi marquée par le lancement au mois d’octobre, à l’initiative du conseil d’administration, du premier numéro du Journal des Donateurs, une double occasion de remercier et d’informer celles et ceux qui nous font confiance et soutiennent notre projet.

Alors quelles perspectives pour 2017 ?

L’année 2017 devrait marquer un nouveau départ riche en perspectives et projets à développer auprès de notre public cible que sont les personnes victimes de violences politiques et de tortures. Une proposition concrète de pérennisation du projet d’Osiris nous est faite par l’ARS PACA dans nos trois domaines de compétence que sont le soin, l’interprétariat et la formation-sensibilisation des professionnels à la prise en charge des personnes exilées.
L’objectif général de cette convention pluriannuelle étendue sur 4 ans est l’amélioration de l’accès aux soins des personnes exilées dans la région PACA. Pour cela Osiris développera trois axes :
-  assurer les accompagnements thérapeutiques pour des personnes vivant à Marseille et ses environnements proches
-  faciliter l’accès aux soins des personnes exilées par un soutien aux professionnels du champ médico-social en région PACA, avec au préalable une analyse des besoins
-  enfin, favoriser l’accès aux soins des exilés non francophones par la mise en place d’un service d’interprétariat spécialisé dans le soin

Il va de soi que tout cela va nécessiter un renforcement de l’équipe de soin : renforcement du temps des deux psychologues cliniciennes, recrutement d’un psychiatre, renforcement de la coordination sociale qui a déjà débuté avec l’arrivée de Véronique. Il est également question de mettre en place une convention de partenariat avec des ostéopathes.
Cette AG est aussi l’occasion d’accueillir à Osiris une nouvelle salariée, Laurence Claude, sur le poste d’administrateur, qui a débuté il y a deux jours, Bienvenue.

Pour finir, je voudrais remercier :
-  toute l’équipe, Julia, Gaëlle, Mélanie, Bertrand et Yaïr ainsi que tous les interprètes pour leur investissement quotidien auprès des patients ; Julia, Bertrand vous avez tenu bon et vous pouvez enfin renforcer l’équipe pour aller de l’avant
-  les bénévoles sur qui le centre de soin peut de plus en plus compter
-  et le CA, merci à vous Eliane, Marie, Auguste, pour votre investissement régulier et surtout un grand merci à Christine qui consacre beaucoup de son temps pour Osiris : elle coordonne la Lettre aux donateurs, elle assure l’accueil tous les mercredis, s’occupe de la gestion des dossiers des patients, de la saisie des données pour le logiciel Osiris, envoie des courriers... merci à toi !

Dr Reem MANSOUR, Présidente