Patrick Süskind, Le Parfum, 2006, pp. 264-265.

Mais la haine qu’il éprouvait pour les hommes restait sans écho de leur part. Plus il les haïssait, à cet instant, plus ils l’adoraient comme un dieu, car ils ne percevaient de lui que l’aura qu’il s’était arrogée, son masque odorant, son parfum volé, et celui-ci était effectivement digne d’adoration.

Ce qu’il aurait souhaité plus que tout, maintenant, ç’aurait été de les rayer tous de la surface de la terre, ces êtres humains stupides, puants, érotisés, tout comme naguère il avait rayé les odeurs hostiles, dans le pays de son âme toute noire. Et il aurait voulu qu’ils se rendissent compte à quel point il les haïssait et que pour cette raison, en raison du seul sentiment qu’il ait jamais vraiment éprouvé, ils l’exterminassent en retour, comme d’ailleurs ils en avaient eu tout d’abord l’intention. Il voulait, une fois dans sa vie, s’extérioriser. Il voulait une fois dans sa vie, être comme tous les autres hommes et extérioriser ce qui était en lui : ils extériorisaient leur amour et leur idiote vénération, lui extérioriserait sa haine. Il voulait une fois, juste une seule fois, qu’on prît en compte son être véritable, et recevoir d’un autre être humain une réponse à son seul sentiment vrai : la haine.