Davis Van Reybrouck, Congo - Une histoire, 2012, pp. 415-416.
Les services de sécurité de Mobutu étaient tellement impitoyables que Mme A. tient encore aujourd’hui à conserver l’anonymat. Ce fut surtout la DSP, la Division spéciale présidentielle, qui se fit une triste réputation. Cette division était constituée de quelques milliers de soldats spécialement formés et bien rémunérés qui venaient de la région natale de Mobutu. Le grand unificateur du pays était devenu si névrosé qu’il préférait désormais confier sa garde prétorienne à des hommes de sa propre tribu ! C’était une armée parallèle à l’armée. Elle était fidèle, implacable. Son solide noyau se composait de ceux qu’on appelait les hiboux, parce qu’ils venaient la nuit pour emmener quelqu’un en silence. Les opposants ou les supposés opposants au régime étaient arrêtés, enfermés sans autre forme de procès dans des prisons crasseuses et privés de nourriture. Comme partout dans le monde, au Zaïre, l’esprit humain s’est avéré particulièrement inventif pour concevoir des tortures. Il y avait le « poisson », une méthode selon laquelle on attachait dans le dos les mains du prisonnier, qui pendait la tête en bas, avant de le plonger dans une bassine. Il y avait le « Boeing », le corps étant alors treuillé, roué de coups de bâton puis lâché dans des « trous d’air ». Il y avait le « dactylo », pour lequel on resserrait des petits blocs de bois glissés entre les doigts pour écraser ces derniers. Il y avait le « casse-noix », pour lequel on maintenait les pieds du prisonnier dans des blocs de bois humides et on le faisait s’assoir au soleil, en séchant, le bois brisait les os tarsiens. On soumettait les parties génitales à des électrochocs et on éteignait des cigarettes sur les lèvres.