Robert E. Howard – L. Sprague de Camp – Lin Carter, Conan, 1972, p.62-63.
- Qui est là ? Es-tu venu me torturer encore, Yara ? Ne cesseras-tu donc jamais ? Oh ! Yag- Kosha, n’y a t-il pas de fin à l’agonie ? Des larmes roulèrent des orbites sans regard ; ayant posé les yeux sur les membres étendus sur le divan de marbre, Conan sut que le monstre ne se lèverait pas pour l’attaquer. Il reconnut les stigmates du chevalet et du fer rouge et, malgré son courage et sa témérité, il demeura interdit à la vue des vestiges atrocement déformés de ce qui avait été autrefois des membres pareils aux siens. Et soudain toute sa crainte et sa répulsion l’abandonnèrent, pour faire place à une immense pitié. Quel était ce monstre ? Conan ne pouvait le savoir, mais les preuves de ses souffrances étaient si terribles et si navrantes qu’une étrange et douloureuse tristesse envahit le Cimmérien, sans qu’il en sût la cause. Il sentit seulement qu’il était le témoin d’une tragédie cosmique, et fut pris de honte, comme s’il eût à répondre de la culpabilité d’une race entière.
- Je ne suis pas Yara, dit-il. Je ne suis qu’un voleur. Je ne te ferai pas de mal.