Robert Bober, Quoi de neuf sur la guerre ?, 1995, p. 223.
Sinon, comment être des deux côtés à la fois ? Etre dans l’événement, le vivre et en même temps le regarder, le fixer sur la pellicule.
Les grandes photos, les photos fortes qui racontent la mort, sont des photos de guerre, des photos qui racontent des morts violentes.
Les victimes qui gisent au sol, le visage tourné vers les étoiles, si on connaît leurs noms et ceux de leurs enfants, si on connaît la femme qui découvre le corps de son mari au cours d’une guerre civile et l’enfant affamé auprès de sa mère morte, ne cesse-t-on pas à l’instant même d’être photographe ? Alors pour ne pas cesser de l’être, on ne s’arrête pas, on avance avec les cris on laisse ses émotions derrière soi et on continue à faire des photos fortes qui peut-être témoigneront des malheurs du monde.