John Meade Falkner, Moonfleet, 1988, p. 215-216.
De toutes ces années englouties à Ymeguen, il n’y eut qu’un événement dont je doive parler ici. J’étais là depuis une semaine quand je fus libéré de mes fers, un matin, et conduit à une petite cabane, à l’écart du chantier. Il y avait là une demi-douzaine de gardes-chiourme et, au milieu de la pièce, un robuste siège en bois muni d’étriers et de courroies. Un feu brûlait sur le sol et la fumée emplissait la pièce d’une odeur de viande brûlée. Le cœur me manqua quand je vis ce siège et ces flammes, et que je sentis cette odeur affreuse, car je devinais que c’était une chambre de torture où m’attendaient mes tortionnaires. Ils me forcèrent à m’asseoir, me ligotèrent, me fixèrent un étau autour de la tête. Puis l’un deux sortit du feu un fer rougi qu’il approcha de sa main pour en éprouver la chaleur.
J’avais rassemblé tout mon courage pour supporter de mon mieux la douleur, mais quand je vis ce fer, je poussai un soupir de soulagement ; ce n’était pas un instrument de torture, mais un fer à marquer.