Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, 2008, p. 145-146.
« Je voudrais voir, maintenant, ce que le citoyen Jeufroy me répondrait sur le Déluge ! » Ils le trouvèrent dans son petit jardin où il attendait les membres du conseil de fabrique1, qui devaient se réunir tout à l’heure, pour l’acquisition d’une chasuble.
- « Ces messieurs souhaitent … ? »
- « Un éclaircissement s’il vous plaît ! » Et Bouvard commença.
Que signifiaient dans la Genèse, « l’abîme qui se rompit » et « les cataractes du ciel » ? Car un abîme ne se rompt pas, et le ciel n’a point de cataractes !
L’abbé ferma les paupières, puis répondit qu’il fallait distinguer toujours entre le sens et la lettre. Des choses qui d’abord nous choquent deviennent légitimes en les approfondissant.
- « Très bien ! mais comment expliquer la pluie qui dépassait les plus hautes montagnes, lesquelles mesurent deux lieues ! Y pensez-vous, deux lieues ! une épaisseur d’eau ayant deux lieues ! »
Et le maire, survenant, ajouta : - « Saprelotte, quel bain ! »
- « Convenez » dit Bouvard « que Moïse exagère diablement. »
- Le curé avait lu Bonaldi, et répliqua : « J’ignore ses motifs. C’était sans doute, pour imprimer un effroi salutaire aux peuples qu’il dirigeait ! »
1/ Groupe de clercs ou de laïcs (fabriciens) administrant les biens d’une église.
2 /Philosophe catholique légitimiste (1754-1840) selon qui la Bible s’adresse au peuple dans un langage qui est adapté à son niveau d’instruction.