Georges Bataille, Histoire de l’œil, 1979, pp. 104-105.
« Je devais m’étonner d’avantage. J’imaginais dès lors dans ses détails, la scène de l’église, en particulier l’arrachement d’un œil. M’avisant d’un rapport de la scène à ma vie réelle, je l’associai au récit d’une corrida célèbre, à laquelle effectivement j’assistai – la date et les noms exacts, Hemingway dans les livres y fait à plusieurs reprises allusion – je ne fis tout d’abord aucun rapprochement, mais racontant la mort de Granero, je restai finalement confondu. L’arrachement de l’œil n’était pas une invention libre mais la transposition sur un personnage inventé d’une blessure précise reçue sous mes yeux par un homme réel (au cours du seul accident mortel que j’aie vu). Ainsi les deux images les plus voyantes dont ma mémoire ait gardé la trace en sortaient sous une forme méconnaissable, dès l’instant ou j’avais recherché l’obscénité la plus grande. »