Fernando Pessoa, Le Banquier anarchiste, 2000, pp. 26-27
Un régime révolutionnaire dès lors qu’il existe, et quel que soit le but qu’il vise ou l’idée qui l’inspire, n’est, matériellement, qu’une chose et une seule : un régime révolutionnaire. Or, un régime révolutionnaire est l’équivalent d’une dictature de guerre ou, en termes plus clairs, d’un régime militaire et despotique, puisqu’il est imposé par une fraction de la société à la société toute entière ; je parle de la fraction qui s’est séparée révolutionnairement du pouvoir. Résultat ? Eh bien, ceux qui s’adaptent à ce régime – qui n’est, de façon matérielle et immédiate, qu’un régime militaire et despotique – s’adaptent du même coup à un régime militaire et despotique. Autrement dit, l’idée qui inspirait les révolutionnaires, le but qu’ils visaient, ont totalement disparu de la réalité sociale, envahie complètement par un phénomène qui relève de la guerre. Finalement, ce qui sort d’une dictature militaire – et plus longue sera cette dictature, plus évident sera le résultat - c’est une société guerrière de type dictatorial, c’est à dire un despotisme militaire. Il en a toujours été ainsi, et il ne peut en aller autrement. Je ne suis pas très fort en histoire, mais ce que j’en sais confirme ce que je dis, et ne peut que le confirmer. Qu’est-ce qui est sorti des troubles politiques à Rome ? L’Empire romain et son despotisme militaire. Qu’est-ce qui est sorti de la Révolution française ? Napoléon et son despotisme militaire. Et vous verrez ce qui sortira de la Révolution russe … Quelque chose qui va retarder de plusieurs dizaines d’années la naissance de la société libre [1]