Eric Vuillard, Conquistadors, 2009, p. 257.
On ne peut assister qu’à la fin de son propre monde. Celui que l’on ruine, on ne le voit pas. Mais que faut-il donc perdre pour vaincre ? Combien d’oubli faut-il ? Les Indiens comprirent aussitôt que ces hommes-là ne repartiraient plus. Ils étaient venus de très loin, de si loin qu’on n’avait jamais entendu parler ni d’eux ni de leur pays. Je ne verrai jamais un monde qui s’écroule, pense chacun de nous. Mais au fond, c’est notre grand désir : la pieuse et brutale fin des temps. Et voilà qu’un peuple l’a vue.