Cormac McCarthy, De si jolis chevaux, 1998, p.269.
Quand j’étais étudiante j’ai fait de la biologie. J’ai appris que pour faire leurs expériences les savants prennent un groupe – de bactéries, de souris, d’humains – et soumettent ce groupe à certaines conditions. Ils comparent les résultats obtenus avec ceux sur un deuxième groupe qui n’a subi aucune modification. Ce deuxième groupe s’appelle groupe témoin. C’est ce groupe témoin qui permet au chercheur de mesurer l’effet de son expérience. De juger de l’importance de ce qui s’est produit. Dans l’histoire il n’y a pas de groupes témoins. Il n’y a personne pour nous dire ce qui aurait pu se passer. On se lamente sur ce qui aurait pu se passer mais il n’y a pas d’aurait-pu-se-passer. Il n’y en a jamais eu. C’est une vérité admise que ceux qui ne connaissent pas l’histoire sont condamnés à la répéter. Je ne crois pas que le fait de connaître puisse nous sauver. Ce qu’il y a de constant dans l’histoire c’est la cupidité et la bêtise et un amour du sang et c’est une chose que même Dieu – qui connaît tout ce qui peut être connu – semble impuissant à changer