Carlos Castaneda, Les Enseignements d’un sorcier Yaqui, 1973, p. 142.
« Une fois je fis un vœu, dit Don Juan, et le son de sa voix me fit tressaillir.
« Je promis à mon père que j’allais vivre pour détruire mes assassins. Pendant des années cette promesse demeura avec moi. Maintenant elle est changée. Je ne suis plus intéressé à détruire qui que ce soit. Je n’éprouve pas de haine envers les Mexicains. Je ne hais personne. J’ai appris que les innombrables chemins que chacun dans sa vie traverse sont tous égaux. A la fin, oppresseurs et opprimés se retrouvent, et la seule chose qui l’emporte reste que la vie fut en tout trop courte pour les uns comme pour les autres. Aujourd’hui je suis triste non pas à cause de la manière dont mon père et ma mère sont morts. Je me sens triste parce qu’ils étaient Indiens. Ils vécurent comme des Indiens et ils moururent comme des Indiens. Jamais ils ne surent qu’avant toute chose ils étaient des hommes. »