Rapport d’activités

Rapport moral

Introduction
La deuxième année de la Convention Pluriannuelle d’Objectif (CPO) vient de passer permettant un bond en avant considérable des trois domaines de compétence de l’association Osiris.
En ce qui concerne le soin, la file active est encore en augmentation en 2018 en raison de l’augmentation du temps thérapeutique depuis fin 2017 : 34 nationalités sont représentées parmi les patients avec 41% des personnes reçues ayant moins de 20 ans. L’année est marquée par l’arrivée d’une ostéopathe présente deux matinées par mois au centre de soin, permettant une innovation de l’approche thérapeutique proposée. Les groupes thérapeutiques auprès de mineurs et jeunes majeurs non accompagnés se sont eux aussi développés avec une diversification des pays de provenance des personnes.
En ce qui concerne l’interprétariat, deuxième domaine de compétence d’Osiris, la Plateforme Interprétariat est officiellement lancée au mois de septembre 2018, continuité du pôle interprétariat développé depuis 2009, dont le but est de participer à l’amélioration de l’accès aux soins des personnes allophones dans la région PACA.
Le troisième axe de la CPO concerne le soutien aux professionnels de la région PACA : une évaluation minutieuse des besoins département par département permet le repérage des acteurs du champ médico-social en lien avec les personnes exilées et la réalisation d’une analyse des besoins des exilés en matière d’accès aux soins. Cette évaluation aboutit à la mise en place d’actions concrètes visant à soutenir les professionnels du champ médico-social dans leur pratique auprès des exilés.

Le contexte général, reste, quand à lui très hostile : la loi "Asile et Immigration" votée constitue, je cite, "une politique de dissuasion migratoire systématique et une véritable course contre la montre pour le demandeur d’asile" (article du journal Le Monde du 11 janvier 2018) sans parler de l’allongement du temps de la rétention qui passe de 45 jours à 90 jours, soit trois mois d’enfermement possible pour faciliter, je cite, "les reconduites à la frontière".
Il faut tenir compte de la réalité sociale très dure des patients reçus au centre de soin entrainant une précarisation accrue en raison d’une application du droit de plus en plus entravée.

L’équipe
En 2018, l’équipe est composée d’une psychologue sociale (coordinatrice/accueillante), un directeur/psychothérapeute, deux psychologues cliniciennes, une psychiatre, une coordinatrice sociale et une chargée de projet pour le pôle régional de compétence.
En mai 2018, le poste de Laurence Claude, administratrice-chargée de développement, prend fin. A partir du mois de juin, Charlotte de Bussy prend ses fonctions en tant que responsable de la Plateforme Interprétariat.
Naomie Aliaga a rejoint l’équipe au mois de novembre sur le nouveau poste de chargée de gestion administrative.
La convention signée fin 2017 avec des ostéopathes, bénévoles dans un premier temps, aboutit à l’embauche d’Emile Masson qui intervient deux matinées par mois (elle nous présentera son travail plus tard dans la matinée).
A partir de septembre, François Cordier, stagiaire en Master 1 de psychologie clinique intègre l’équipe jusqu’au mois de juin 2019. Enfin sachez que Lucile notre psychiatre est partie en congé maternité en fin d’année, elle est remplacée par Julie Arçuby. J’en profite pour annoncer la naissance de Camille au mois de février.
Avec le développement de la Plateforme Interprétariat, de nouveaux interprètes ont rejoint le groupe.

L’activité de soin
Le centre de soin a encore connu en 2018 une augmentation du nombre de consultations liée à l’augmentation du temps thérapeutique depuis fin 2017 mais aussi à la diversification des groupes thérapeutiques. En dehors des situations urgentes, le délai d’attente avant de commencer un suivi reste important.
La file active en 2018 est de 230 patients (ils étaient 177 en 2017) parmi lesquels 140 sont de nouveaux patients. Les personnes accueillies restent très jeunes avec près de 40% d’entre elles ayant moins de 21 ans. Les hommes restent les plus nombreux puisqu’ils constituent 57% des personnes reçues.
34 nationalités sont représentées en 2018 avec 6 qui arrivent en tête : les afghans, les albanais, les ivoiriens, les guinéens, les kosovars et enfin les nigérians. Plus de 70% des consultations ont eu lieu en présence d’un interprète.

1. Psychothérapie
L’équipe a réalisé 1573 consultations psychothérapeutiques sur l’année dont des suivis individuels, de couple, ou thérapie familiale. Les suivis sont hebdomadaires ou bimensuels selon le contrat thérapeutique avec une durée des prises en charge très variable.

2. Groupes thérapeutiques
Le dispositif spécifique qui s’adresse aux mineurs et "jeunes majeurs" non accompagnés s’est poursuivi en 2018 : je rappelle qu’il s’agit de groupes thérapeutiques menés par une psychologue et un interprète accueillant des jeunes exilés vivant seuls en France.
Jusqu’en 2017 le groupe s’adressait à de jeunes afghans et pakistanais ; en raison d’une forte demande, trois autre groupes ont été menés, un en langues soussou et malinké pour des adolescents de Guinée et de Côte d’Ivoire, un autre en langue anglaise pour des jeunes du Ghana, Sierra Leone, Gambie et Nigéria et enfin un troisième en langue française pour des jeunes de Côte d’Ivoire, Guinée et Cameroun.

Un groupe thérapeutique mère/bébé s’était constitué en 2017 pour deux femmes originaires de Guinée dont le parcours migratoire était similaire avec des conditions de vie précaires et non sécurisantes. En 2018, quatre nouvelles femmes et quatre bébés ont été accueillis.

Enfin, la nouveauté cette année a été la mise en place d’un groupe enfant-musique en association avec deux professionnels du spectacle de la petite enfance ; il a accueilli des enfants de 2 à 8 ans au théâtre de la Compagnie entre septembre et décembre. (Voir Mélanie)

3. Consultations de psychiatrie
Depuis septembre 2017, le Dr Lucile Bleuet occupe le poste de psychiatre au centre de soin. Elle reçoit les patients selon deux modalités d’orientation : soit après le premier entretien d’accueil, ou sur indication des psychothérapeutes de l’équipe. En plus des consultations, elle participe à l’accompagnement des patients dans leur parcours de soin et bien sûr aux échanges et réflexions avec l’équipe de soin. Le bilan diagnostique nécessite une collaboration étroite avec des médecins généralistes de ville et des spécialistes lorsqu’il faut rechercher un diagnostic somatique d’élimination.
22% des consultations à Osiris sont des consultations psychiatriques.

Pour l’ostéopathie je vous renvoie à la présentation d’Emilie.
Enfin, un mot sur
- le groupe de parole constitué de personnes afghanes en grande précarité qui s’est poursuivi tout au long de l’année
- des bénévoles co-animent un groupe d’accueil et de jardinage qui fait partie intégrante du dispositif de soin ; en 2018, Osiris a signé une convention avec l’atelier Juxtapoz pour disposer d’une parcelle au jardin Levat.

La coordination sociale
Veiller au bien-être social prend une place grandissante depuis plus d’un an à Osiris en raison de conditions d’accueil en France de plus en plus indignes dans les différentes institutions. L’accès au droit d’asile, au droit à la santé et aux besoins premiers constituent des axes principaux d’intervention de la coordinatrice sociale.
Depuis 2017, une convention avec la CPAM des Bouches-du-Rhône a été signée, ce qui permet un accès facilité et accéléré à l’ouverture et au renouvellement des droits. De plus, en 2018, le recours à des procédures juridiques visant à permettre l’application effective des droits s’est imposé. Le travail en réseau avec des avocats spécialisés s’est développé.

Le partenariat
Le travail en réseau tient une place prépondérante à Osiris et de nombreuses rencontres ont été organisées cette année encore que ce soit avec les référents des structures d’accompagnement des patients accueillis ou avec les structures partenaires et le réseau de Marseille et de la région autour de thématiques spécifiques.
Fait notable en 2018, un quart des patients reçus sont venus spontanément (sans orientation par une structure) et moins de 20% sont orientés par un centre d’accueil de demandeurs d’asile (alors qu’ils étaient 60% en 2014). 17% l’ont été par une Maison d’Enfance à caractère social, 11% par des associations d’aide aux étrangers.

Interventions/Formations/Evènements
Cette année encore l’ensemble de l’équipe a participé à des actions de témoignage/communication sous diverses formes : publications, émissions, rencontres, conférences...
Vous trouverez tout cela en détail dans le rapport d’activité et cela vous a été envoyé dans les mémos tout au long de l’année.

Osiris anime des formations ainsi que des interventions d’analyse de pratique et de supervision. Les formations se font sur demande d’une équipe ou d’une institution. Le contenu de la formation est adapté en fonction des besoins et attentes des professionnels intéressés et s’appuie sur l’expérience acquise par l’équipe de soin.

Pour la quatrième année consécutive, Osiris a coorganisé et animé la Journée Mondiale des Réfugiés qui a lieu au mois de juin : la traduction simultanée en 4 langues a également été assurée par Osiris.

Je vous rappelle également l’existence du site internet de l’association développé depuis 2012, site conçu comme un lieu d’exposition et d’expression témoin du développement d’Osiris. Il est régulièrement actualisé et enrichi. Une bibliothèque ou base documentaire comprend aujourd’hui plus de 350 ouvrages et une trentaine de films, elle est consultable sur le site internet.

Enfin, les quatrième et cinquième numéros de la Lettre aux Donateurs, ont été édités en 2018 à l’initiative du conseil d’administration, une double occasion de remercier et d’informer celles et ceux qui nous font confiance et soutiennent notre projet.
La Plateforme d’interprétariat spécialisé dans le soin
Je vous le disais en introduction, la Plateforme est en quelque sorte l’aboutissement du pôle interprétariat développé à Osiris à partir de 2009 et a pour but d’améliorer l’accès aux soins des personnes allophones dans la région PACA. Elle a été officiellement lancée au mois de septembre 2018 avec par ailleurs la mise en ligne d’un site internet dédié, elle est gérée par Charlotte de Bussy que je vous ai présenté ; Gaëlle Bouquin-Sagot est en charge de la formation.
Le service s’adresse essentiellement aux structures publiques ou privées du champ sanitaire ainsi que les structures associatives. Les interprètes interviennent principalement physiquement dans les structures de soin conventionnées avec Osiris Interprétariat.
Je n’en dirais pas plus car Charlotte et Gaëlle vont vous présenter en détail cette Plateforme, ses objectifs ainsi que ses diverses activités.

Le Soutien aux professionnels de la région PACA
Il constitue le troisième axe de la Convention Pluriannuelle d’Objectif dont Elsa Laffitte a la charge. Plusieurs départements ont été "passés au peigne fin" et des actions concrètes sont mises en place afin d’améliorer l’accès aux soins pour les personnes exilées.
Là aussi je n’en dirais pas plus afin de laisser Elsa vous présenter le travail accompli jusqu’ici.

Les perspectives pour 2019
On est à mi-chemin de la Convention Pluriannuelle d’Objectifs et tout semble bien parti pour la poursuite du développement des différents chantiers ; il va tout de même falloir penser au renouvellement ou prolongation de cette CPO...
Paradoxalement, le nombre de nouvelles demandes de consultations en 2018 est de 175 (encore plus élevé que les années précédentes) rendant la liste d’attente et donc le délai d’attente pour une consultation encore plus importants. L’équipe se penche sérieusement sur la question depuis le début de cette année pour tenter d’améliorer la situation.
Enfin, on aimerait s’atteler à la question de la vie associative, développer le bénévolat, attirer de nouveaux adhérents, alimenter le conseil d’administration et participer plus activement au plaidoyer national concernant le droit des exilés.

Pour finir, je voudrais chaleureusement remercier :
- toute l’équipe, ainsi que tous les interprètes pour leur investissement quotidien auprès des patients, par des temps qui courent de plus en plus difficiles ;
- les adhérents bénévoles sur qui le centre de soin peut de plus en plus compter
- et le CA, je renouvelle mes remerciements comme chaque année à vous Eliane, Marie, Christine et Camille, pour votre investissement régulier (Lettre aux Donateurs, permanence d’accueil, groupe de parole)

Dr Reem MANSOUR, Présidente